Flore hivernale #2

En complément du précédent article relatif aux floraisons hivernales, voici deux représentantes que l’on peut avoir la chance de rencontrer actuellement pour peu qu’on les recherche au bon endroit et au bon moment : la Romulée ramiflore et la Romulée de Colonna.

Ces deux espèces appartiennent au genre Romulea qui comprend une centaine d’espèces au monde. La quasi-totalité de ces espèces sont adaptées au climat de type méditerranéen et vivent, pour l’essentiel, dans seulement deux endroits au monde : la Province du Cap et le Bassin Méditerranéen.

En France, on trouve une petite dizaine d’espèces réparties sur les littoraux atlantique et méditerranéen. La zone tyrrhénienne (Massif des Maures, îles d’Hyères, Corse) offre le maximum de diversité spécifique pour ce genre au niveau français : nous pouvons en effet y rencontrer 10 espèces sur les 11 que compte la France. La région Languedoc-Roussillon fait figure de parent pauvre au niveau des régions méditerranéennes françaises avec seulement deux espèces représentées. En région Aquitaine, nous retrouvons seulement une espèce, Romulea bulbocodium (photo ci-après) mais celle-ci est l’une des plus remarquables par sa taille et sa couleur. Cette dernière espèce est cantonnée aux pelouses du littoral sableux, elle fleurit un peu plus tard, en mars.

 

Romulea bulbocodium
Romulea bulbocodium

Où et quand les observer ?

Les Romulées sont des petites plantes à corme* très singulières de la même famille que les iris. Pour les observer, il faut scruter, entre février et avril, les sols écorchés des pelouses sèches en plein soleil pour apercevoir les corolles ouvertes. Les feuilles sont aussi très caractéristiques mais il faut être entraîné pour les reconnaître. Elles sont visibles sur de plus longues périodes que les fleurs, des premières pluies d’automne jusqu’aux premières grosses chaleurs à la fin du printemps. Par contre, l’identification des différentes espèces n’est possible qu’à la floraison.

Les deux espèces suivantes sont les seules connues en Languedoc-Roussillon. Les différences sont surtout patentes au niveau de la taille et de la couleur des corolles, l’espèce à corolle la plus grande et plus colorée étant la Romulée ramiflore.

  • La Romulée ramiflore (Romulea ramiflora), est réputée de floraison un peu moins précoce que la suivante. Elle habite surtout les pelouses sèches arides mais on la trouve également dans des tonsures humides de marais halophiles. Ses préférences édaphiques semblent aller plutôt vers des sols à réaction basique.
Romulea ramiflora
Romulea ramiflora
Romulea ramiflora
Romulea ramiflora
  • La Romulée de Colonna (Romulea columnae), espèce protégée à l’échelon régional, est une des plantes les plus précoces de notre Flore. Elle habite surtout les tonsures (pelouses à strate herbacée très basse, 1 à 5 cm) à forte variation d’humidité saisonnière et sur substrat plutôt acide et généralement pauvre en éléments nutritifs. Nous pouvons typiquement la retrouver, en région Languedoc-Roussillon, sur les terrasses alluviales villafranchiennes à galets et argiles ou au sein de massifs rocheux non calcaires.
Romulea columnae
Romulea columnae
Romulea columnae-Pérols-2015_02_15 (3)
Romulea columnae

 

*organe de réserve sphérique souterrain à l’apparence de bulbe mais, à la différence de ce dernier, c’est la tige et non les feuilles modifiées qui joue le rôle d’accumulation de réserves nutritives.


Flore hivernale

Nous vous proposons ci-dessous de découvrir quelques plantes qui fleurissent régulièrement à cette période de l’année en France. Quelques-unes d’entre-elles bénéficient d’un statut de protection national et sont particulièrement ciblées pour l’élaboration des états initiaux des volets milieu naturel.

  • Le Perce-neige (Galanthus nivalis), son nom latin signifie littéralement « fleur de lait d’hiver » faisant allusion à la couleur immaculée des corolles et à la phénologie de floraison de cette espèce, l’une des plus précoces en France. Elle habite les forêts bordant les rivières et les fleuves (ou « ripisylves »), hors de la zone méditerranéenne.
Galanthus nivalis
Galanthus nivalis
  • L’Ail petit Moly (Allium chamaemoly), espèce protégée à l’échelon national. Cette espèce, très menue – il faut s’accroupir le plus souvent pour la découvrir au ras du sol – est strictement méditerranéenne. Elle habite les pelouses sèches écorchées issues d’une longue tradition pastorale. Elle semble également présente au sein de pelouses arrière-dunaires (dunes grises) notamment, dans le territoire du Roussillon.
Allium chamaemoly
Allium chamaemoly
  • L’Anémone couronnée (Anemone coronaria), espèce protégée à l’échelon national. Cette espèce méditerranéenne ne se rencontre en France que dans des milieux secondaires : cultures, friches et milieux perturbés de toutes natures. Les populations françaises sont toutes issues d’anciennes cultures. En effet, sa facilité de multiplication par fractionnement des rhizomes et ses grandes fleurs en ont fait une espèce horticole de choix, très cultivée jadis. Cette espèce a été propagée par les jardiniers dans toute la France, cependant, les populations spontanées sont surtout présentes dans un grand quart sud de la France. Les populations sauvages se retrouvent dans l’est du Bassin méditerranéen et au Proche-Orient, région où cette plante fleurit de novembre à mars.
Anemone coronaria
Anemone coronaria

Par ailleurs, cet hiver, particulièrement doux, provoque également la floraison précipitée de plantes qui habituellement ont une floraison vernale (mars-avril). C’est le cas, notamment, de la Pulmonaire (Pulmonaria affinis) et de la Ficaire (Ranunculus ficaria), respectivement, en haut et en bas.

Pulmonaria affinis
Pulmonaria affinis
Ranunculus ficaria
Ranunculus ficaria